Tête de lecture

janvier 31, 2018

Je marche, toujours le même chemin. Parfois je n’y fais pas attention. La plupart du temps je n’y fais pas attention. Je suis déjà arrivée et c’est comme si je ne comprenais pas ce qui m’arrive. Je soupçonne ce chemin que je fais tous les jours de descendre un peu. C’est à dire d’être un peu trop facile pour être honnête.
Je soupçonne ce chemin d’être un faux plat. Le faux plat est une réalité sournoise qui nie le relief tout en vous l’imposant. Ce qui fait que vous glissez ou vous peinez, et vous prenez ça pour un mérite personnel, une incompétence personnelle.
Le faux plat est la réalité de mon chemin. Le faux plat est notre réalité à tous. Une réalité politique. Mais je ne parlerai pas de politique. Non. Non. Non.Je parlerai de ce qui nous échappe. De ce qui fait que nous ne comprenons pas ce qui nous arrive, et que nous glissons inexorablement le long de la réalité.
C’est une réalité qu’on ne peut appréhender avec les méthodes ordinaires. Le relevé de géomètre ne dit rien de la déception, de la frustration qu’il y a à cheminer en faux plat. Il enregistre une faible déclivité, rien de plus. De même, se centrer seulement sur l’étude des usages n’est pas fécond. Vous interrogez un cycliste à la sortie d’un faux plat montant, il n’a rien à dire d’intéressant que ne dit déjà sa suée et sa fatigue, mornes et modérées. l’expérience s’effiloche en un doute sans conclusion, l’émotion est fade. Nous sommes dans le domaine des sensations faibles, qui n’inscrivent rien dans la chair et les souvenirs, si ce n’est la vague impression que quelque chose clochait, mais quoi?
Il faut changer de méthode pour y comprendre quelque chose. La seule manière d’y parvenir c’est d’adopter en toute circonstance une focale d’esprit bien particulière, que nous qualifierons ici de précision myope. La précision myope est un état intranquille, qui toujours échoue. C’est un élan pour attraper le peu, le mieux. Une volonté de s’en tenir aux détails, qui aboutit à trop embrasser. L’étreinte floue qui en résulte est bouleversante. C’est comme de vouloir attraper un cil avec une pince à cornichon : avec un peu de chances, vous prenez l’œil avec, et alors tout s’éclaire. Il s’agit bien de prendre avec, de comprendre, et cela  nécessite un peu d’étendue. Une étendue comprise comme un écart, et pas seulement comme un espace. Un écart, comme on dirait : une erreur. On ne comprend le faux plat qu’en se trompant.
J’ai parlé d’œil dans la pince à cornichon. Je me suis trompée. L’œil nous en fait trop gober. L’œil est doté en ses coulisses d’un logiciel de reconnaissance de formes qui circonvient bien trop les choses en contour pour attraper d’elles ce qui se dérobe. Alors, laissons l’oeil nager dans son bocal, faisons autrement pour être précisément trop embrassant.
Ainsi, quand je marche, toujours le même chemin, parfois j’écoute. J’entends comme je marche. J’entends comme ça fait toujours trop de bruit. Je cherche à dérouler le pied, à le poser délicatement et à faire de lui comme une pâte émotive, compréhensive, qui épouse le sol sans jamais s’éterniser. C’est un baiser empreint d’une sorte de mélancolie et de légèreté, de ne jamais durer. J’essaie de faire qu’en marchant je n’entende plus mes propres pas. Si on se repassait la bande-son, ce serait comme si je n’y étais pas.
Si je n’y suis pas le reste prend sa place, et s’organise très bien. Ça chuinte ça chante et ça claudique, ça gémit tout autour de bruits de moteurs et d’estomacs, des pantalons frissonnent à chaque pas aux entrecuisses, des sacs en plastique se chiffonnent, et souvent le merle chante, beaucoup plus souvent qu’on ne croit. Voilà.
Mais ce n’est pas ça qui m’intéresse. Ce qui m’intéresse ce serait dessiner ce chemin, toujours le même, d’une façon à la fois certaine et vibrante. Ce serait fermer les yeux et : savoir. Savoir non pas où l’on est, mais qu’ici crissent les pneus et qu’ici ça croasse. Que là-bas souvent chuchotent des voix de jeunes filles. Qu’une puanteur habituelle réside à cet autre endroit. Que des fruits blets, petits de taille, tombent là à l’automne, avec un bruit mou de grenade dégoupillée, découragée. Et qu’à aucun endroit, une autre présence, la mienne, serait nécessaire, pour que ce paysage existe et soit dessiné. Car le faux plat est une réalité sournoise, due uniquement à la fiction de votre mérite personnel, de votre incompétence personnelle. Retirez-vous, le faux plat s’efface, et le paysage apparaît.
Ce serait un paysage de reliefs. Reliefs, comme on dit de ce qui reste sur la table d’un repas trop copieux. Des os à ronger. Rien n’est plus vraiment ordonné. Un paysage qui fait tâche, voilà ce que je voudrais qu’il reste de mon chemin. Des auréoles de bruits répandues, déversées.
Ce serait un paysage de relief, qui viendrait contredire la platitude des cartes, sortes de nappes solennelles sur lesquelles le monde nous est servi comme si nous avions à le gouverner.
Ce serait une manière de repenser ce qu’est le relief sans y rajouter de hiérarchie. Le chant du moineau n’est pas supérieur au pet d’échappement de la mobylette. Le plic ploc de la pluie, rond et festif, n’est pas désagréable d’être accompagné de quelques gouttes s’immisçant entre le col et la nuque. Le bip bip de ce mobile, les basses filtrant de ce casque audio ne m’en veulent pas personnellement. Le tic tac des talons pressés de cette grosse dame devant moi, qui n’avance pas en trottinant, ne m’énerve pas, non. Non. Non. Je m’efforce juste un peu plus à ce que mes semelles soient souples et inaperçues.
Relief, ce serait sans considérer qu’il y a des points hauts et des points bas. Ce serait sans marquer de quantité. Le nombre de décibels n’est pas un critère. L’intensité ne réside pas là. La qualité non plus ne dit rien, car la qualité est devenue sournoisement quantitative, elle est rattachée seulement à une notion un peu racornie de bien-être, dont on ne sait pas bien ce qu’il est, une absence de douleur, le sentiment d’être satisfait, une jouissance calme et paisible qui nous place définitivement dans le statut figé de riverain du monde. Lequel aurait des droits pour faire cesser certains bruits, et exiger qu’une musique d’ambiance agréable vienne faire baigner ses promenades dans un miel oublieux.
Relief, cela voudrait dire seulement : Rien n’est supérieur et rien ne s’équivaut. Tout est à considérer, laisser passer. Le cri d’un enfant me réveille. Au pas suivant, une soufflerie d’immeuble, perpendiculaire à ma course, me replonge en torpeur. Et le mieux ce sont ces bruits sans nom. Ces bruits dont on ne peut dire de façon certaine ce qu’ils sont. On sait, on reconnaît : l’avertisseur de camion, la roue de poussette désajustée, une porte qui claque. On sait, on connait tellement bien ces bruits, qu’on peut les reproduire, les amplifier, les faire plus vrais encore. En bruitage on peut imiter la houle avec un grand carton qu’on ondule, on peut imiter la pluie avec du sable et avec la langue le bruit du galop. On peut tout refaire des bruits du monde.
Mais il y a aussi des bruits dont la source n’est pas lisible. Comment se les représenter?Il y a des sons comme ça, frzzzzzz qui tirent des lignes directement dans les nerfs, depuis la paume des mains jusqu’à la nuque. Une présence se fait connaître, on n’en saura rien de plus.
C’est peut-être un oiseau.
C’est peut-être un moteur.
C’est peut-être le moteur d’un frigo, ou celui d’un lave-vaisselle en fin de vie.
C’est peut-être un homme en fin de vie, et qui rêve encore.
C’est peut-être une feuille qu’on froisse, une vie qu’on froisse, celle d’un insecte ou d’un homme, on ne peut pas savoir, c’est juste un son, et parfois on est le seul à le percevoir. Et parfois non.
Parfois naissent des affolements publics, du fait de bruits comme ça, de bruits que certaines personnes entendent, que beaucoup de personnes entendent, mais pas toutes. A Taos, à Albuquerque, à bien d’autres endroits encore dans le monde, on parle de cette rumeur sourde qui revient souvent, une sorte de plainte mécanique à basse fréquence.
Une femme en parlait dans un article, elle disait : le son fait vibrer mes dents.
Les appareils d’enregistrement, eux, ne perçoivent rien. Ils restent placides à Taos, à Albuquerque, quand beaucoup de gens s’énervent de ces sons inexpliqués qui font résonner leur corps.
Ce sont des bruits sans origine, d’être sans destination directe dans le langage.
Il paraît que dans les chambres anéchoïques, on n’entend tellement rien qu’on entend son propre cœur. J’imagine que ce bruit là dans le silence a la même étrangeté que les bruits sans nom. C’est là encore, une présence sans cause et sans but.
Ce sont ces bruits sans doute, c’est bruits inexpliqués, qui ont le plus de relief.
Relief en anglais ça n’a pas le même son, pas la même prononciation, et ça veut dire soulagement.
Sans doute c’est vrai ça soulage, de ne pas trouver d’explication à tout. Ceux qui entendent des voix, aussi intérieures et étrangères que le bruit de son propre coeur dans une chambre anéchoïque, ceux dont le corps résonnent et les dents vibrent de voix gentilles ou méchantes qui s’adressent à eux en permanence, peut-être seraient-ils soulagés qu’on ne trouve pas d’explication, ni divine ni psychiatrique, à ces sons qui les habitent.
Je n’entends pour ma part que le chant du merle, le plic ploc de la pluie, et de temps en temps des froissements de vie que je ne connais pas : de petits reliefs sur mon chemin, toujours le même, que j’enregistre consciencieusement. Des infimes soulagements venant troubler la régularité de mon sillon sempiternel. Le trouble est un soulagement, oui. Le relief toujours changeant du paysage sonore que j’arpente me soulage, m’ouvre la possibilité d’être en joie d’autre chose que le sentiment propriétaire d’avoir le droit ne pas être dérangée.
Je suis sur mon sillon, je suis une tête de lecture : littéralement, une extrémité qui saisit, déchiffre, et restitue. Parfois amplifie.
Je suis une tête : l’extrémité d’une chose concrète. Je ne sais pas de quelle chose concrète je suis l’extrémité. Quel est le bras que je prolonge?
Cette question sans doute n’est pas pour moi. C’est pour cela que je la considère, tandis que je marche, toujours le même chemin, et que je suis présente à m’absenter.
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Lever

janvier 04, 2017

C’est l’ascenseur qui nous remonte de dessous la terre. On s’entasse, c’est heure de pointe. La lumière sur l’inox des parois fait des croisillons comme si on clignait des yeux, mais en plus grand, en plus long, en plus répété. C’est la différence du perçu au réel, la répétition. La répétition à l’identique.
Dans l’effort de recevoir on prend ça dans les yeux, des visages. Fermés dans l’attente de remonter. Presque plus des visages tellement fermés, absents. Se donnent en nature morte, en corbeille de fruits.
De là tombe une oreille, plutôt, elle se détache, comme ferait d’une nature morte un citron très acide ou une huître très nacrée. L’oreille se détache, on ne voit plus qu’elle, incroyablement grande et étalée, comme déroulée. Une pâte, décongelée, reprise du travail de levures invisibles, et se mettant à boursoufler sur les bords. Une monstrueuse future viennoiserie qui lève comme ça le temps d’une montée en ascenseur.
On se reporte alors au visage dont elle dépend, pour vérifier les rapports de proportion : aucun. Tout le reste est azyme, plat mais alors plat.
Je ne sais pas, d’un côté ça doit être vexant d’avoir une oreille comme ça. Une oreille débordante. Un pavillon de déplaisance naviguant à l’insu de son propriétaire.
Ou alors, c’est une fierté. Chercher sur soi, en soi, quelle est la partie qui s’abandonne à la démesure, pour qu’au moins les voisins s’élèvent à nos côtés sans s’ennuyer.
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Répondre, et remercier

avril 15, 2016

Chers i-voix
Je vous remercie beaucoup pour vos questions sur ma série Dans le viseur. Et je remercie chacune des personnes qui se sont essayées à ce jeu beau et difficile de rentrer en dialogue avec les textes d’un autre. Qu’il s’agisse des miens, et de cette série « dans le viseur » me touche particulièrement, car le projet, c’était bien de relier à la vie et à nos émotions de personnes d’aujourd’hui ces photographies anciennes, qui ne parlaient plus pour personne. Vous leur avez redonné un peu plus de leur force de joie et d’énigme, et j’en suis heureuse. Vous avez éprouvé aussi sans doute comment l’écriture fait image, depuis son point aveugle (et donc je me permets de vous emprunter cette photographie, qui m’a touchée).
Je réponds ici à vos questions. Vous me demandez :  « comment ces photographies vous inspirent de si beaux poèmes ». Bien sûr je suis heureuse que vous les trouviez beaux, ces textes. Mais le terme d’inspiration m’a toujours semblé suspect. Inspiration ça donne l’impression d’une chose très naturelle (comme on respire) ou alors au contraire quasi surnaturelle (l’esprit vous tombe dessus sans crier gare). Si c’était ça, il n’y aurait pas la question du « comment » à se poser. En fait, l’écriture est une question d’hypothèse, de dispositif, et de travail. Comme la science en quelque sorte.
L’hypothèse dans cette série : les visages des autres nous appellent ; les reconnaître dans leur humanité est nécessaire pour construire la nôtre.
Dispositif : prendre des visages disparus, inconnus, et voir comment ils nous parlent, et nous parlent de nous.
Toutes les photographies présentes dans cette série, sauf Vers l’envol, dont vous avez bien voulu parler et qui à vrai dire ne fait pas partie de cette série mais en est le contrepoint, je les ai « péché » dans un grand bac où étaient entassées pêle-mêle des tas de photographies, à 1 euro chaque. Il faut savoir que dans les photographies anonymes, il y en a qui se vendent très très cher. Celles-là sont le tout venant.

Donc, je piochais une poignée de photos, je les regardais une à une très rapidement, et sans réfléchir vraiment je décidai de garder celle-ci, de rejeter celle-là… Je prenais quand quelque chose me retenait. S’il y a inspiration, c’est juste dans cette émotion un peu irréfléchie qu’elle se loge.

Ensuite, c’est le travail, le travail du regard déjà. Se forcer, comme avec une loupe, à regarder tous les détails. Le cadrage, l’horizon, les contrastes. Et surtout, se forcer à regarder intensément, de façon totalement engagée, comme on regarde le visage de quelqu’un qu’on aime, et qu’on ressent l’impression de le comprendre mieux, parce qu’il  a ici un petit grain de beauté, ici une minuscule ride qui en dit beaucoup sur sa façon de sourire ou d’être anxieux… J’ai écrit tous ces textes comme si j’étais la personne qui avait pris la photo, comme si un jour, j’avais partagé avec ces personnes le même lieu, le même temps.  Et c’est un travail. Celui de la fiction.
Vous m’avez demandé aussi, comment m’est venue l’idée d’écrire sur la photographie de la grimace.
Comme vous avez pu le remarquer, un grand nombre des photographies de cette série sont dès photographies codifiées. Elles répondent au besoin des familles de  se mettre en scène au moment des grandes occasions, des repas de famille où l’on est bien habillé, de « s’immortaliser » dans une certaine idée de la réussite : « nous sommes unis, en bonne santé, nous sommes une bonne famille, » semblent vouloir dire ces photos. Alors évidemment, le garçon qui fait la grimace en plein milieu de cette pause et qui ridiculise le désir d’honorabilité de la famille, cela m’a fait rire, et penser aussi. Il a cassé les codes, il a inventé autre chose. C’est le début de toute création.

Voilà ce que je peux vous répondre. Merci encore pour toutes vos curiosités, et longue vie à i-voix

 

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Plan incliné

septembre 02, 2015

Ce n’est pas satisfaisant. (Ce n’est même peut-être pas tout à fait supportable, on te l’accordera).  Mais : Qu’est-ce que tu proposes d’autre ?

Ce sourire doux, pour dire cela. La phrase, magique, la phrase des plateaux de télévision, des fins de repas du dimanche, des distributeurs à café : Qu’est-ce que tu proposes d’autre? (Cela peut-être vouvoyé). Et le sourire doux, qui l’accompagne.

C’est un sourire bienveillant, déjà triste : tu vas bientôt devoir sortir du rêve. Toi qui marches en somnambule.  Tu te regardes, ton gobelet de plastique  à la main, tu te regardes dans les yeux de l’autre qui te pose cette question de savoir ce que tu pourrais bien proposer d’autre, et là, tu te rends compte, ton habit de nuit flotte un peu, et pourrait bien t’entraver. Tu es un peu ridicule, en plus. Alors, cette question, pour que tu ailles te rhabiller. Cette question, doucement énoncée, comme une proposition justement, une proposition à toi faite. Une main posée sur ton épaule, une douce musique pour te sortir de l’engourdissement qui te guette.

Cette maïeutique patiente, où seuls les yeux parlent (les accoucheurs, voile de gaze vert sur la bouche). Les yeux sont ouverts, te regardent, t’accueillent. Les yeux sont comme prêts à être surpris. Ils aimeraient bien, ils ne demanderaient que ça (ils donnent cette impression,  comme on donne le change et spécule sur son taux), que quelque chose d’autre qui fût viable soit proposé. Mais le maieuticien n’a pas d’oreille. Oh la peau neuve et fripée et si fragile des nouveaux nés, qui doit s’endurcir à l’air, au savon extérieur (car tes rêves sont considérés comme gluants. Rien n’y accroche )

Qu’est-ce que tu proposes d’autre? N’est pas vraiment une question, plutôt une formule. N’appelle pas de réponse et surtout pas de propositions. Il est établi qu’à cette réalité satisfaite et non satisfaisante, on ne peut rien substituer. Cette question est pour te faire taire, c’est-à-dire pour ton bien.

La phrase magique coupant court comme en suspension. La phrase amputationnelle anesthésique. Derrière le voile de gaze, on voit le sourire doux. Qui se retient, gentiment, d’être moqueur. Qui se retient de rajouter «mais enfin» avant la formule «qu’est-ce que tu proposes d’autre?». Il est un tout petit peu forcé le sourire doux, mais sous le voile de gaze ça ne se voit pas vraiment, ça ne voit pas vraiment que la commissure pourrait exploser en rire excédé. Il faut du temps, l’accoucheur le sait. Surtout ne pas brusquer la prise de conscience, laisser le chemin se faire tout seul, vers cette réalité qu’on ne peut rien proposer d’autre. Dans le régime de la réalité, que les yeux bienveillants savent regarder en face, on ne propose pas. Cela s’impose seulement, comme le bon sens.

Tu es sur la crête ,  selon ce que tu diras à présent, tu glisseras (tomberas, mais ça ne fait pas forcément mal, tu sais), du côté des irresponsables ou des résignés. Tu as beau dire que cette réalité est impossible, insupportable. Il n’y en a pas d’autre. Il n’y a qu’une seule réalité n’est-ce pas? Celle qui transforme les rapports de force en états de fait. Et si crédible, de droit.

Tu pourrais bien ressentir la peur, si tu te réveilles, que ça ne soit pas dans ton lit. Tu pourrais bien te retrouver seul, sous une lumière crue, dans des draps beaucoup trop techniques. Le réel idéologique qui ne te propose rien d’autre te prend pour un grand malade.

Toi qui marche en somnambule.  Ton habit de nuit flotte un peu, et pourrait bien t’entraver. Meunier, tu dors et le moulin qui va trop vite ne t’appartient plus. Concasse tes rêves (c’est comme ça qu’on appelle ce que tu énonces de trop glissant pour accrocher aux rapports de force).

Alors tu ne sais plus. Tes yeux n’ont pas la bonne focale. Tu regardes très loin devant, et comme distraitement, tu n’arrives pas à attraper les choses (ni à lire la composition des produits). Tes jugements s’émoussent. Tes indignations gouttent un peu tout autour, en coulure de bougie.

Et toute la peine qu’on peut avoir, n’y change rien.

Celui qui te regarde et te propose de proposer, et te sourit, celui-là te tourne le dos. Tu le sais bien. Seulement, il a les yeux derrière la tête. Il sait qu’il ne doit pas se retourner, qu’il doit, lui, continuer d’acheminer vers le statu quo. Orphée sans désespérance, qui te sait déjà perdu.

Alors, reste perdu. Ne propose rien qui ne sera pas entendu : dispose. C’est-à-dire : repositionne sans preuve. Qu’as-tu besoin d’un plan, qu’il soit B, ou incliné déjà vers ce qui seulement dénie.

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Des noms sur les choses

août 18, 2015

 

 

«Voici que le langage en personne veut se mettre à parler »

Elfriede Jelinek

 

La première chose c’est ça, c’est mettre des noms sur les choses.

Un chat : un chat, une pipe : une pipe, et ainsi de suite.

La première chose c’est ça.

C’est long, faut dire.

Il y a le chat persan le chat nu le siamois le matou l’égyptien l’isabelle

Il y a aussi le chat écorché, le chat échaudé, ainsi que le chat stérilisé (d’intérieur).

Il y a la pipe d’écume. Et la fumée sans feu.

Il y a le fauteuil qui va avec le chat et la pipe, en cuir, avec les accoudoirs lustrés, et les flammes dans l’âtre, et la pensée qui s’y abîme.

(La pensée, elle, ne se donne pas de nom, toute occupée qu’elle est à en donner aux choses, et c’est long.)

 

On croit qu’on en a fini, mais on regarde dehors et ça recommence, il faut donner un nom à tout ce gris par dessus la terre, et qui change.

Il faut donner un nom à ce qui jaunit et ploie sous le vent, graminées dociles qu’on caresse, et faisant cela on fait s’échapper des épis tout un tas de bestioles minuscules à élytres, qu’il faut nommer aussi, car sinon tout est foutu, tout risque de disparaitre par la bonde de ce trou minuscule qu’a formé dans le paysage le petit être volant échappé, non nommé.

 

La chose importante c’est ça, c’est nommer les choses qui apparaissent, savoir dire exactement de quelle couleur est cette eau dormante posée devant soi, vert d’yeux à s’y croire trahi, ou bien non, sous un nuage ce n’est plus pareil, une inquiétude s’y inscrit, ça se plisse et vire à une nuance plus terreuse et plus douce, et juste après ça se métallise, on n’y voit plus rien que du ciel, et le nom de la couleur de l’eau reste une question, une question très longue à éplucher.

Et cet épi, est-ce du seigle ou du blé, et qu’est-ce qui le fait pencher, et comment ça s’appelle, quel est le nom du vent qui change et nous fait tous pencher?

 

Les noms qu’on donne aux choses c’est pour calmer le vent. Sous le vent rien n’est relié, rien n’est rangé, ça ne va pas ; on a besoin de paysage.

Pas seulement d’un décor, mais d’une consolation, à se savoir baigné dans autre chose plus grand sans s’y confondre, sans s’y abîmer. A s’imaginer avoir une vue, un ailleurs possible au delà de la vue, comme un ancrage supplémentaire à rester là.

 

Le paysage c’est quand l’étrange se nomme, quand ce pouvoir est conféré (quand on s’y croit autorisé).

Le ciel et l’herbe sont pour nous, bien disposés.

 

Voilà, le paysage est quand le monde prend sa substance des noms.

 

Avant ça, ce n’est pas paysage, c’est juste du vent et des bêtes à six pattes qui courent et volent dans n’importe quel sens, c’est juste de l’herbe verte prise à rebrousse poil, et la pipe non plus on ne l’imaginait pas comme ça.

Avant ça, ce n’est pas paysage, c’est juste l’effroi, on ne sait pas ce que c’est.

Et ça arrive tous les jours, cet avant là. Ce n’est pas une chose ancienne dont on se souviendrait, c’est une peur qui se cache un peu partout, une peur comme un vide.

Une bête traverse le paysage, le troue.

On s’empresse de bourrer la fuite de substantifs. Après ça va mieux.

 

Après on reconnait tout, d’avoir tout passé sous sa langue, comme autant d’étiquettes à coller. On distingue les essences, on sait quelles sont les bonnes, quelles sont les mauvaises. On est prévenu.

Le paysage existe quand le langage est botanique. Des noms apposés à chaque épi ployant sous l’horizon. Un monde étale, explicatif, avec des chemins bien ordonnés commençant par soi-même.

 

La première chose c’est ça, des noms des noms des noms, et on croit en avoir fini. On détourne les yeux, on revient à l’âtre, on s’accoude aux bords lustrés du fauteuil. On va enfin pouvoir profiter de cette sacrée pipe, et être présent à quelque chose.

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Ce que populaire veut dire

juillet 21, 2015

C’est bien le moment de se poser cette question, ce matin de 14 juillet où ça défile, pour nous être retransmis. Populaire ça doit bien vouloir dire ça, se dire qu’on l’a bien mérité. Pas besoin de regarder la télé. On connaît le mode opératoire, décrit depuis longtemps par Léon Zitrone en médecin légiste, ça n’a pas changé. Les différents bataillons interviennent dans le plus grand sérieux, cohorte après cohorte, comme les petits insectes saprophytes grignotants, une espèce après l’autre selon le degré de décomposition des chairs, suivant les grandes artères, remontant vers ce qu’ils servent en le faisant disparaître, car finalement quel meilleur témoin, quel plus grand jouisseur de ce travail des autres que le cadavre lui-même? Finalement pour qui, le grand ordonnancement du défilé militaire, sinon pour le grand corps de la Nation? On le voit parcouru dans ses premières raideurs par des colonnes de légionnaires aux barbes sable et au pas lent, puis viennent, quand ça commence à puer et qu’il faut trouver le moyen de le faire oublier, des polytechniciens empanachés, juchés sur des montures altières, dédaignant jusqu’à leur propre crottin. Puis d’autres encore, plus bruyants, plus disciplinés, plus vils, et enfin les tanks, provoquant au coeur un remous, une angoisse, de vibrer depuis si bas, depuis plus bas que terre, depuis là où nous irons, depuis là où ils nous emmènerons.

Nota bene : Il y a aujourd’hui, qui défile avec nous, une armée mexicaine. Le littéral reprend ses droits.

Ça défile, donc, une image après l’autre et on ne se souvient déjà plus de celle d’avant. Celle d’avant c’était hier soir. Hier soir ça voulait dire autre chose, ça défilait pas, ça tournait, sur le parquet de danse ça tournait, dans les têtes aussi ça tournait, les bouteilles de rosé étaient sur toutes les tables, les tables étaient longues, disposées en pétales autour du parquet de danse. Sur toutes les tables, au début, il y avait des étiquettes, avec dessus marqué : Réservé. C’est qu’on croit au mérite, au fait d’arriver plus tôt, d’avoir prévu, d’en tirer les privilèges. C’était marqué Réservé sur toutes les tables mais il y avait de la place pour tout le monde au final, les gens se sont un peu poussé, c’est l’avantage des bancs.

Après les merguez, qu’ici on appelle saucisses fortes, sans doute pour rester chez nous, je ne sais pas, après les merguez un premier couple s’est mis à danser, ils ont l’habitude. Elle, porte une robe impeccable, bustier ajusté sur poitrine mince. Une robe javel comme fleur de liseron tombée à l’envers, mais plus froncée, plus raide, s’évasant un peu, mal, en trois rangées de volants plats. Sa coiffure est courte et efficace. D’autres couples les rejoignent, qui ont l’habitude aussi, ce qui change c’est que dans leur geste, dans leur regard, il y a plus ou moins de moelleux, de quelque chose rémanent d’avoir tant fait l’amour ensemble.  Les messieurs, en général, ont des chemisettes raides et fraîches, et des parfums de Vetiver. Les dames sont courageuses, leurs talons sont très hauts, très neufs. Les enfants courent entre les tables. Et il y a aussi quelques jeunes filles, parfaitement belles, le teint net, les jambes fuselées, les cheveux longs et droits, et qui s’ennuient, un peu, à danser seulement avec leur mère.

Au bout d’un moment on oublie que tout est prévu, les lampes guinguette, la buvette, les cocardes en crépons accrochées un peu partout, l’orchestre et l’accordéon, on oublie tout ça, que tout est prévu, mais que tout semble oublié de pourquoi on le fait. On voit seulement ce qui s’échange : des sourires, par dessus les épaules qui dansent, par dessus les tables, des sourires par dessus tout et partout, et le reste s’éparpille en couleurs, confettis, qui malgré leur légèreté arrivent bien vite à terre, c’est comme si la fête était comme toujours déjà passée.

Et ce matin ça défile, la France peut être fière, d’avoir un Premier Ministre si fier, d’avoir un Président si fier, d’avoir pu, avec l’Allemagne, sauver le peuple grec.

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Inventaire pour déshérence

juin 08, 2015

(Ici le texte de la vente à la découpe de notre vieux monde, vente réalisée par mes soins en la magnifique Rue Instin le 7 juin de l’année 2015.)

Sur l’acte notarié de notre époque, figurent tous les actifs, tous les passifs qui nous échoient.
Aujourd’hui pour votre plus grande satisfaction, nous en organisons la vente à la découpe.
Même démantelée, une collection s’aimante d’elle-même ; ceux qui se porteront acquéreurs de telle ou telle pièce formeront peuple, ne leur en déplaise.

Alors êtes-vous prêts ? Nous commençons.

Tout d’abord nous vous proposons une belle série de raretés : quelques spécimens d’espèces disparues, ou menacées.

Nous avons là un dauphin d’eau douce, le seul, le dernier, le fameux dauphin chinois privé d’écosystème, coincé qu’il est entre deux retenues du barrage des Trois Gorges. Il erre. Il est seul, sans congénères, sans femelle. Ça fait même un peu longtemps qu’on ne l’a pas vu. Si ça se trouve c’est même déjà une légende. Rendez-vous compte, une légende à ce prix-là ! Et beaucoup moins encombrante qu’un serpent de mer. Le dauphin d’eau douce, qui veut? Mise à prix quelques yuans, avec une convertibilité en dollars assurée.

Deuxième pièce de cette série des disparus :  un homme de Florès, lui aussi très commode pour l’installer dans son salon, compte tenu de sa petite taille. Car nous, race humaine éprise de grandeur, affectionnons les bonsaï et les petites gens. Alors, qui voudra du minuscule insulaire? Rassurez-vous : celui-là ne prendra pas la mer pour envahir vos continents. Il est placide.

Passons maintenant à encore plus exotique : un djinn! Pas un Levi’s, non, ces jeans-là ne sont pas menacés de disparition. Un djinn, un petit démon ambigu, une idée de merveilleux encapsulée dans un mot, à l’heure où l’Orient ne nous fait plus rêver, seulement frémir.

Autre représentant d’une espèce menacée : une véritable  lettre d’adieu écrite à la main! Quelle chance à saisir, pour vous, qui ne recevez plus que des mails pour vous enjoindre à durcir vos nuits et à réduire vos impôts ! C’est une missive sur papier bleu, quelques larmes séchées l’ont délavée par endroits. C’est un petit poème anglais, retrouvé au fond d’une malle à Manchester, où il est question d’amour, de tomber en amour, avec cette expression, « To fall in love with », manière de parler d’amour comme d’un puits, dans lequel tomber accompagné. Expression à comparer avec le « tomber amoureux de », où l’on est la seule pomme, et l’autre, arbre impassible, constatant avec Newton – mais depuis en haut – les lois de la gravitation universelle. Mais d’aucuns objecteront que la différence est ténue, et qu’il s’agit de tomber de haut dans les deux cas. Qui veut la lettre?

 

Mais nous avons aussi un Minitel à coque orange et marron, où l’on peut taper 3615 dessus, et où l’on peut constater à bon compte que toute communication comprend son erreur d’adressage. Au bout du compte, au bout du fil, il finit toujours par n’y avoir personne.

Passons.

Voici quelques sangs bleus, très racés donc très dégénérés, sans plus aucun poil et au regard de dédain. Ils cumulent les titres de noblesse, les titres de gloire, les titres d’alcool.

Ah, tiens, et puis voilà un mammouth laineux, tout dégoûtant encore de la boue en laquelle s’est muée son cercueil de permafrost. Celui-là nécessite un peu d’espace pour être exposé, j’en conviens. C’est la raison pour laquelle nous avons consenti à une décote sur le mammouth. Qui veut le mammouth?

Bien, nous voilà maintenant à une autre série. Nous vous proposons ici un certain nombre d’accessoires, d’anecdotes. Tout un tas de petits colifichets, de coquetteries de l’Histoire.

Il y a tout d’abord ce gilet de sauvetage crevé, lancé par l’Europe à qui veut la rejoindre. Quelqu’un en a-t-il besoin, dans l’assistance?

Pièce ici beaucoup plus attrayante, une parure pour postérieur de femme, toute en plumes d’autruche. C’est celle-là même provenant de la revue donnée par Joséphine Baker en 1927 ! Tout est, pour cet accessoire, dans les attaches, dans les barbules. Attaches ; qu’elles soient le plus fines possible. Qu’elles compensent leur imparfaite discrétion par la précision, et par un je ne sais quoi de cuir, qui fasse que si l’attribut n’est pas naturel, au moins on sente qu’il est posé, imposé. Il tient sur le dessus des hanches, faussement lâche, il enserre la taille, en une sorte de « c’est moi qui souligne ».  Barbules : suffixes de la plume, censés dans leur ébouriffement fragile métamorphoser l’idée d’envol en celle, plus affriolante, d’affolement généralisé (l’impression que d’un arbre ce sont des dizaines d’oiseaux qui s’échappent, et que bientôt l’arbre sera nu). Pour les couleurs, pour la lumière, c’est avant tout un jeu de contrastes, faire ressortir, par le blanc teinté de la plume, le sombre de la peau de Joséphine. Oh quelle bizarrerie d’oiseau que voila, frêle aux rémiges frangées, quel drôle d’oiseau à mamelles et aux yeux si blancs, au sourire si éclatant! Somme toute, un beau prototype de l’exotisme forcené de la femme, toujours un peu oiseau des îles, proie facile, qui s’envole et qu’on doit tenir… Mais bien sûr, rapport au contraste, il y a cette question de peau. De peau noire comme part féminine de l’humanité, comme part sauvage, et plaisante en tant que telle, si maîtrisée. Cette parure est plus parlante encore que le célèbre pagne de bananes, de toute façon inconservable. C’est littéralement une belle affaire! Qui est preneur?

Mais toute cette mode est d’une autre époque, n’est-ce pas ? Venons-en à des accessoires beaucoup plus actuels. Par exemple, cette poche de discorde, cousue au revers d’une veste dont on a perdu le sens. Elle s’enflera, vous verrez, elle s’enflera.

Nous avons aussi là un morceau de peau tatoué d’un matricule – l’encre a un peu bavé. Nous devons nous en débarrasser.

Oui, c’est vrai, cette collection est un peu décousue.

Elles comprend même quelques passages à vide. Un passage à vide, qui veut ? Nos vies en sont pleines. Notre monde en est plein. Notre monde est plein de passages à vide, c’est ça qui est merveilleux. S’il était plein seulement d’autre chose c’est là que ce serait vraiment horrible. Imaginez un musée sans allées.

Je ne veux pas dire par là que notre monde serait un musée. Notre vieux monde. D’ailleurs c’est injuste pour les musées, qui s’ingénient à rénover leur scénographie. Non. Notre monde, vendu ce soir pour vous au détail et au plus offrant, est plus proche d’un cabinet de curiosités. Un endroit un peu foutraque comme ça, bourré à craquer d’objets sans rapport, de merveilles et monstruosités.
Et dans ce genre d’endroit, c’est comme si tout était empaillé. Même les visiteurs. D’ailleurs là je vous regarde, j’ai des doutes. Vos yeux sont-ils en verre ?

Nous avons donc ici des naturalisations de tous ordre, car le mot d’ordre, justement, aujourd’hui, c’est :  éviter que quelque chose bouge et se corrompe (ce qui compte, c’est qu’il n’y ait plus de viscère, plus aucune flatulence).

Alors voyez, nous cédons pour un bon prix la chèvre de Monsieur Seguin. Avec son piquet. Pourquoi encore avec son piquet ? Réfléchissez. Vous remarquerez aussi que, sur le flanc, les morsures du loup sont encore apparentes, selon le principe de la « restauration réversible ». L’estomac est en paille désormais.

Nous avons à vous proposer, dans ces choses définitivement fixées, un souvenir d’enfance, genre mistral gagnant. Une chose poignante même si on sait bien qu’elle est morte. C’est comme quand vous regardez une biche chez le taxidermiste, c’est poignant, non ?

Et le clivage droite-gauche, aussi, si figé nous dit-on, alors que les choses changent nous dit-on…. Allez, pour vous le voilà lui aussi momifié, toutes les entrailles de la politique stockées dans un vase canope.

Parlant de naturalisation bien sûr : voici un étranger intégré. Les attaches du boubou sont encore apparentes, selon le principe de la « restauration réversible ». L’étranger intégré, qui veut ? Ce n’est pas forcément une pièce à installer dans son salon. Mais dans vos débats tournant en pow-wow autour du vase des idéologies reposant en paix, ce sera en tout cas un belle pièce à convictions.

Mais notre monde est aussi à construire ! Ce ne sont pas les plans qui manquent. Et nous vendons pour vous, à la tonne, des rêves écroulés, formant matériaux pour d’autres échafaudages. Ainsi que du papier mâché, des propositions gazeuses, et une certaine forme d’indiscipline.

Nous en arrivons à une autre collection dans la collection, celle des attentions délicates. Ce sont de toutes petites choses, donc nous les vendons en un seul lot. Je vous le décris seulement. Dedans il y a les diamants de Bokassa, les enfants de Ramallah, un silence bienvenu, une balle perdue. Sur ce dernier point, vous noterez cependant que toute balistique se prête à calculs.

Pièce unique, fruit d’une patiente accumulation, voici maintenant un bocal de rognures d’ongles, provenant de divers humains altérés par la peur, ou par le pouvoir, on ne sait pas très bien.

Nous en arrivons au chapitre des ajustements structurels. Nous rachetons pour vous, ce soir,  la question sempiternelle de la dette, et son corollaire, l’angoisse du taux de retour sur investissement. Rien que pour ça, nous sommes certains que vous êtes heureux d’être venus ce soir.

Mais bien sûr, au chapitre des ajustements structurels, ce qui prend le plus de place, ce sont les dommages collatéraux.

Nous vendons donc aujourd’hui pour un euro symbolique le masque mortuaire de la démocratie. Attention, la cire s’épand quand trop de choses s’échauffent autour.
Nous avons aussi pour vous, en exclusivité ce soir, le résultat du référendum pour le rétablissement de la peine de mort en Europe.

Puisqu’il s’agit avant tout de se divertir, nous avons aussi tout un tas d’histoires de sang versé, car l’homme n’est pas un être très étanche. Il y a le rouet où se piqua la Belle, l’épine écorchant son délivreur, et puis, et puis, les autres vous les connaissez, n’est-ce pas.

A saisir également, un lot de signes extérieurs de pouvoir : une peau de léopard, un costume cravate Hugo Boss, un képi, le maniement de la langue. Il y a également un maroquin ministériel – le dernier titulaire y a gravé sa signature un peu partout en appuyant trop fort sur le stylo de ses décrets.

Oh, voici une graine de lotus, à dornance excessivement longue. Pour se souvenir que nous aussi, nous aurons à germer.

Nous vendons également quelques fakes, beaucoup de fiel :  des actions de la société du canal de Panama, d’autres actifs pourris, un vase en faux jaspe le plus pur.

Mais cessons avec ces contrefaçons.
Nous vous proposons maintenant une incroyable expérience utilisateur! Une véritable descente aux enfers! Plus de peur, plus de peur, plus de peur! Qui est preneur ?

Attention pièce exceptionnelle : une licorne véritable, fabriquée selon des instructions précises. La corne est sculptée de runes assez anciennes et fichée comme un pieu dans le troisième oeil d’un canasson.Tout l’art est là : l’étrange torsade semble bien bourgeonner depuis le front de la bête, sortant de dessous une fantaisie de poils, la contrariant gentiment. C’est un mouvement d’éclaboussure, joyeux, comme celui que fait aux eaux un narval qui surgit. Mais là, directement depuis la cervelle ça fuse ! Tout semble naturel, érectile, tout relève dans cette pièce d’un élan vers le plus haut, vers le plus beau. S’en dégage pourtant une violence, faite à l’animal, faite au regardeur. Une vérité désagréable nous rentre dedans, en mèche de chignole.

Nous proposons aussi quelques magies sans efficace : un tatoo, une poupée vaudou, une tablette de glyphes en rongo rongo sortie tout droit de l’île de Pâques, on ne sait plus la déchiffrer, on s’amuse juste de la joliesse du nom, et qu’un jour, là-bas, écrire était une chose terrible et effective.

Et puis ici, ce foetus de lycanthrope trempé dans le formol – où il n’est pas si évident, à ce stade de développement, que c’est aux canines qu’on saurait déterminer qui est un loup pour l’homme

A céder, cause départ précipité, des noms pour le désastre : Kolyma, Treblinka, Gorazde… (le reste est en copie cachée, mais prévoir un lieu de stockage important)

Nous avons, soldés et esseulés :
un crâne de trépané
une question déplacée
une chaussette dépareillée
et d’autres trucs

Façon bateleur aux abords des grands magasins, nous promouvons avec emphase quelques ustensiles, quelques utilitaires :
- un buvard apte à éponger toutes les bavures de l’histoire ; mise à prix une tête à couper
- un petit théâtre d’ombres, qu’on se garderait bien d’interpréter
- des boucliers humains, serrés l’un contre l’autre en une formation dont on ne connait pas le nom, qui est assez désordonnée, assez illisible. Même la guerre aujourd’hui, que voulez-vous, manque d’ordre.

En legs aussi, voilà toutes les saisons, et  la joie, presque, qu’elles se détraquent, pour croire un moment qu’ailleurs non plus ce ne sera pas forcément l’éternel recommencement du même.
Voici l’été et son soleil figé sur beaucoup trop de chaleur, et à l’autre coin du ciel un orage qui menace sans jamais éclater.
Ensuite ce sont les fruits tombés, des bogues, douces dedans, acerbes dehors. Comme nos poings fermés.
L’hiver vient, c’est une flaque gelée, la boue dessous, laiteuse, et l’envie de marcher dessus, de sentir craquer les choses sous notre poids si important soudain. Et le désir, en général, de briser toutes les vitrines.
Puis viendra le temps du renouveau, et très vite ensuite, les grappes de lilas rouillé. Après, on ne sait pas quels fruits. Ainsi sont nos printemps, mauves, décevants. Mais le colza triomphe et avec on roulera plus vite encore, et on fera bouffer les bêtes, pour les bouffer ensuite. A moins qu’on en revienne à l’hiver.

Tout cela pour amener à notre collection d’oeufs, grosse de notre avenir. Du plus gros, celui d’Emeu, au plus petit, celui de colibri, en passant par l’autruche à coquille de crépi. S’ensuivent un chapelet d’oeufs de crapaud, la constellation figée des minuscules oeufs d’araignée Et puis, les si délicats aux couleurs turquoise et jade, brisés en leurs nids…

Il ne reste plus grand-chose… Quelque chose des Bermudes, une boîte noire, tiens, provenant d’on ne sait quel avion brisé

Attention pièce maitresse de la collection. Alors ça c’est cadeau, alors ça, c’est surprise :   le tracé de croissance du liseron, mouvement spiralé centrifuge, comme si deux forces s’opposaient au sein du même désir,  s’élancer loin, s’involuer

Cet inventaire ne serait pas complet s’il ne contenait pas son inévitable colis suspect. Qui veut le colis suspect ?

Car sachez cela, sachez voir la beauté où elle n’a pas été mise en dépôt. Un feu d’artifice ça ne dure pas longtemps

 

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La carte, en grand : ici

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Vue d’artiste

avril 11, 2015

Forcément on se pose cette question : ce dont on rend compte, et pour quoi changer du réel. Et la responsabilité qu’il y aurait, attachée au fait de création. La responsabilité politique? La légitimité à en s’en croire une? Quelle vision meilleure, plus juste, aux deux sens de ces termes? Quel travail, quelle sensibilité, qui la justifierait?

On pense à ce terme, de « vue d’artiste », qui est assez plaisant, qui est hors de propos, qui peut donc nous aider.

Vue d’artiste : on les trouve dans les journaux de vulgarisation. Ce sont ces tableaux évocateurs de scènes dont nous ne pouvons être directement les témoins. Ce sont ces efforts, laborieux, de représentation. Rideaux rouges autour d’une réalité sur tréteaux, dont on ne connaitra pas la chair. Exemple : on ne peut voir à l’oeil nu l’amibe qui nous bouffe le foie. Qu’à cela ne tienne, l’artiste, qui a de l’imagination, qui a de la documentation, est convoqué pour nous en faire une vue. Il est bien précisé que cette vue est non contractuelle. Pas de réclamation possible si après on est déçu. Mais nous ne pouvons pas être déçus. Nous ne connaitrons pas l’amibe par nos seuls sens et sans truchement. Ce qui nous rend malade, même si on nous le mettait devant le nez on ne le reconnaîtrait pas. L’artiste pourrait nous peindre l’amibe en aigle punisseur de notre audace et nous, victime, en Prométhée châtié, on n’y verrait…. Eh bien, que du feu. Sauf que nous ne sommes pas Prométhée, loin s’en faut, car de quelle audace serions nous fautifs?  Et ce qui nous bouffe le foie est plus insidieux.

Qu’importe, la comparaison ne tient pas, car la vue d’artiste se doit d’être fidèle. Non lyrique. Non métaphorique. Au plus vrai de ce qui nous bouffe le foie. C’est difficile comme travail. Quand on est artiste. D’être fidèle comme ça. D’être astreint à la pédagogie.

Une vue d’artiste n’est pas seulement une vue de l’esprit. Ça doit rendre compte de quelque chose, du réel, même. Exemple : vue d’artiste d’un sous-marin d’attaque. L’amibe est une sorte de sous-marin d’attaque. Autre exemple (car cessons là un instant avec les amibes) : la reconstitution d’un site archéologique. Colonnades, temple et palais, rendus dans leur puissance et leur polychromie. Plus loin le quartier des fières, des frêles masures, écroulées avant qu’obsolètes, et le sol en terre battue, et les pieds nus.  Et regardez ici cette jeune et jolie portant amphore près d’un puits! On dirait Perrette et le pot au lait, et ceci n’est pas anachronisme. Car nous savons, nous qui sommes postérieurs, que la catastrophe a déjà eu lieu.

Les vues d’artistes sont très utiles pour rendre compte des catastrophes. Pompéi : vue d’artiste. Explosion de super nova : vue d’artiste. Massacre de la Saint-Barthélémy : vue d’artiste. Guerre bactériologique : vue d’artiste. Tout cela léché, aux contours précis et couleurs pastels. Si vrai qu’on s’y croirait.

C’est pratique les vues d’artistes. On profite sans danger. On se dit, quand même ici c’est plus confortable. On confond les fonctions zoom, les fonctions rewind, on appuie sur tous les boutons pour le spectacle. Plus rien ne nous est contemporain.

Dessous de table dans un grand marché d’armement : vue d’artiste. Un chômeur qui s’ immole par le feu : vue d’artiste. Financement des partis politiques : vue d’artiste. L’ėchancrure rouge d’un éclat d’obus dans la cuisse d’un enfant : vue d’artiste.

Plus rien n’est inatteignable, plus rien ne nous atteint. Du moins, c’est cet effet de réel,  d’être si bien rendu on finit par croire que tout est pour de faux. On finit par croire qu’on nous ment. L’amibe qui nous grignote et nous met le coeur au bord des lèvres  en permanence,  elle n’est peut être pas comme on nous la dépeint.  Et puis d’abord, qui paie l’artiste qui fait la vue?

Les alcôves nichées dans les organigrammes des holdings : vue d’artiste. La France des minarets : vue d’artiste.  Le protocole des Sages de Sion : vue d’artiste. Et plein d’autres encore comme ça, nouant le sens et le pouvoir une bonne fois pour toutes dans des compositions toujours léchées,  toujours pastel.

Tout ce qui s’imagine et se fantasme, se redoute : vue d’artiste. Notre monde est un procès à huis clos dont on ne sait jamais si vraiment tout nous en est relaté, et combien mal. Partout pourtant, des professions de fidélités.

Et notre peur nous bouffe le foie.

Du coup, quelle réponse? Juste cela, qu’ils sont nombreux ceux qui exposent leurs vues, leurs vues inspirées, fidèles et documentées. Et que celui qui n’expose pas et sait rester hors de propos, aura fort à faire, à ne pas se promettre comme truchement confortable du réel qui nous échoit.

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Le temps l’emporte

mars 20, 2015

 

C’est une toute petite fille. Ce n’est déjà plus un bébé. Elle a ces déjà longs cheveux qui font toute la différence. Pour qu’ils soient si longs il a fallu du temps. Ils ondulent sagement, en deux courants calmes et épais autour du visage. On dirait un fleuve sombre contournant une île endormie.

C’est le flux du temps écoulé depuis sa naissance, tout ce temps qu’il a fallu pour que les cheveux soient un peu longs.

Combien de temps?

Les cheveux forment un encadrement sombre à tant de blancheur, le visage, les dentelles de la robe. Une bien grande robe de baptême, une bien minuscule robe de mariée.

On dirait qu’elle dort bien sûr. Sur ce gros coussin.

Mais ses cheveux sont un peu trop longs pour qu’elle soit de cet âge des bébés qui dorment en plein jour et aux yeux de tous.

Au bas de la robe, ses jambes, vêtues d’un collant tellement sombre qu’on les voit à peine, qu’on la prendrait presque pour une poupée de chiffon dont le corps se résume à une robe, et à tout un froufrou de jupons pour lui donner du volume. On les voit à peine ses jambes, et puis quand on les voit on ne sait pas dire où elles finissent, si elles sont courtes ou démesurément longues à en sortir du cadre, et la petite a un air d’Alice du côté des merveilles, de ce côté où l’on rapetisse et grandit, à vue, comme elle dort, sans savoir jusqu’où et quand ça va s’arrêter, et c’est ça qui fait mal un peu, de la savoir si paisiblement posée alors qu’on sait, qu’on voit, qu’elle est aux prises avec de terribles questions de transformation.

Ses deux jambes sombres sortant du blanc de la robe, comme résurgence du fleuve noir qui l’entoure au visage.

Elle dort, le temps qui lui a fait de si longs cheveux l’emporte déjà, bien sûr elle ne se réveillera pas.

(source photo wikimedia : http://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Post-mortem_photography?uselang=fr#/media/File:Meisjekrullen.jpg)

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Prise de position

mars 13, 2015

 

Prise de position. Par la langue aussi on en fait, en mode affirmatif ou impératif. Prise de position, avec la guerre comme figure, et chacun est sommé d’en avoir. En mode affirmatif, en mode impératif, on prend des positions, et chacun campe sur les siennes.

Et puis voilà soudain quelqu’un vient tout troubler, quelqu’un arrive et demande : pourquoi? Ou bien : comment ? Ou encore : pourquoi pas? On lui répond : mais enfin, c’est une question déplacée!

On ne précise jamais depuis où a été déplacée la question. Ce qui aiderait, pourtant, à y comprendre quelque chose dans le rangement pré-établi des questions.

La question déplacée n’est pas qu’un problème d’insatiable curiosité (quoique toutes les questions déplacées se résument à savoir ce que mange le crocodile pour son dîner. Seuls changent les crocodiles, et les dîners).

La question déplacée, c’est, comme son nom l’indique, une méconnaissance géographique.Une ignorance de contexte. A certains endroits de la carte existent des reliefs particuliers, des concrétions. Des collusions qui s’organisent dans les instances de locutions. Depuis certaines positions, elles obèrent l’horizon. Les ignorer n’est pas sans conséquence. Celui qui veut être mobile sur la carte et croit que l’on peut tout interroger depuis des point de vues même non privilégiés, celui-là s’attire nécessairement un défaut de réponse.

La réponse existe. Bel et bien (le crocodile a toujours un dîner). Mais elle fera ici défaut, comme on dit parfois dans les dossiers de refinancements. Et celui qui est mis en faillite, c’est le demandeur.

Un défaut de réponse n’est pas une absence de réponse. Pas plus d’ailleurs qu’un vice apparent ou caché, un dysfonctionnement, dont on pourrait obtenir réparation.Un défaut de réponse est une condamnation sans réparation ni appel de qui pose la question, une condamnation par contumace, où bizarrement c’est le juge qui n’est pas là, et déclenche ainsi, par son refus de siéger, la plus lourde peine : couper court. Qu’on songe à la puissance des dents du crocodile, au pouvoir, à la guillotine.

En parlant de guillotine : le défaut de réponse est un processus d’escamotage, zip ça coulisse ça coupe ça fait disparaître. Ça fait disparaître notamment la capacité d’avoir des points de vue. Ce qui est, sur le plan technique, sur le plan rhétorique, une prouesse, car comment faire rhétorique avec du silence, comment coulisser hors de vue des réponses qui sont si évidentes dans le paysage? -quand on connaît sa géographie

Les réponses aux questions déplacées font défaut car elles ne s’énoncent pas, d’être si universellement de bonnes grosses réponses très évidentes, bonnes d’ailleurs pas forcément, mais évidentes à en être gênantes pour qui les connait. Qu’on pense à l’obscène et à la fonction des vêtements de peau, tout le monde sait ce qu’ils cachent, presque tout le monde, il s’agit de grosses réponses très évidentes, donc rideau. Qu’on songe aux pouvoirs, aux abus qu’ils permettent sur la peau des autres.

Cette question des questions déplacées, on dit aussi que c’est le phénomène des yeux qui ne seraient pas en face des trous. Les trous sont béants (c’est l’espace évidé des réponses évitées), les trous sont bien placés. Et les yeux curieux où sont-ils? Ils sont à côté, ils restent aveugles, rideau. Qui n’a pas les yeux dans sa poche risque de se faire mettre la tête dans le sac.

Donc, qui déplace?

C’est une question déplacée.

Il y a cette situation moins souvent relevée, moins souvent reprochée, et c’est peut-être notre chance, où ce sont les réponses qui sont déplacées.

Ce sont ces réponses, ce genre de réponses correctes, et même parfaites, parfaitement fonctionnelles et décryptables, mais dont quelque chose, pourtant, semble mal adressé. C’est que s’y invite un ton, une humeur adventice, trop emprunte d’une colère qui ne se connait même pas. Ou au contraire, d’une légèreté sans combustible, qui fait tout monter d’un cran dans le rayonnage pré-établi des questions, qui fait tout monter d’un cran et qui désajuste tout.

Cette réponse est parfaite, seulement, il y a un parasite, un passager clandestin. On sait que les clandestins ne sont pas maîtres de leur destination (Qu’on songe au pouvoir, à sa capacité à couper les voies, à barrer les issues par de nouvelles concrétions).  S’en suivent des erreurs d’adressages. La réponse déplacée est ce qui survient ailleurs de ce qui a été coupé court avant.  Ce qui dégringole en esprit d’escalier d’une situation, comment dire, plus contrainte. C’est une réponse toute frangée d’un précédent qui n’appartient qu’à nous, de nous avoir été refusée. C’est une réponse, à n’importe quoi, au crocodile, par exemple, quand il nous demande, passe-moi le sel. On répond quelque chose de correct, on fait une réponse parfaite, mais qui embarque avec elle quelque chose bloqué d’avant, sur le mode interrogatif, celui qui perd toujours dans la guerre des prises de positions.

 

(Et l’illustration n’est pas un crocodile : c’est une réponse déplacée)

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